La vie est un muscle. Le présent, un terrain de sport. L’enregistreur portable, une forme d’altère.

Quand on enregistre, avec un enregistreur portable, on sort du studio, on travaille ses muscles.

L’enregistrement en studio dans les années 50 est en noir et blanc.

En 1951, Stefan Kudelski coupe le fil à la patte, ce fil qui relie le reporter au studio, en lui offrant le premier enregistreur portable.

Monsieur Kudelski donne des couleurs au son.

Sorti du studio, l’enregistreur se frotte au réel. Le reporter, à l’inconnu.

L’enregistrement, c’est l’effroi et la sécurité à la fois. L’inconnu et la certitude que la machine enregistre et enregistrera.

Au cours de l’enregistrement, on est à la fois dans le présent et puis juste à ses côtés. On le côtoie.

Au cours de l’enregistrement, on est à la fois synchronisé et puis juste en retrait.

Cette position privilégiée permet de capturer, d’écouter attentivement, de vivre intensément le moment présent.

C’est le “bruit de l’enregistrement”; une sensation vive et aigüe.

Notre seule présence de reporter de sons convoque cette sensation.

Et puis, le reporter décide de déclencher l’enregistrement.

Il couche immédiatement, sur la bande fidèle, le son réel, brut et sauvage, sans marketing.

Il entend l’enregistrement qui capture le temps présent qui déjà passe et devient un enregistrement qui capture le temps présent qui passe dans l’enregistrement présent qui enregistre le temps qui passe déjà.

J’aime la puissance, la confiance, la simplicité et l’honnêté de l’enregistreur portable;

et puis sa robustesse, son assurance, sa certitude:

il enregistre le moment présent.

Et même si ça n’est pas le sujet, il enregistre toujours le reporter enregistrant le moment présent.

L’enregistrement c’est l’effroi et la sécurité à la fois. L’inconnu et la certitude.

La bande est un grand coloriage. Monsieur Kudelski nous permet de colorier en couleurs.

Avec Le Geste Magnétique, documentaire fabriqué pour France Culture par Gilles Davidas et Alain Joubert, sur bande PER 528, en janvier 2013, j’ai goûté au prix de l’enregistrement.

L’enregistrement sur bande ajoute de l’intensité au présent.

La bande coûte chère; le présent est d’autant plus précieux; son prix se calcule sur le cours de la bande.

Et maintenant, bande-son:

On Nagra: il enregistrera” de Yann Paranthoën/ 1987.

Publié le 29 janvier 2013


J’écoute Crosby.

Aux Etats-Unis, Bing fait la promotion de la bande magnétique .

Je suis Bing et c’est parti:

Un Nagra 4S;

Un banc de montage analogique.

Pas de nostalgie; mais un apprentissage.
Pas de nostalgie; juste une focale:
Sur un geste,

Le Geste Magnétique,
C’est un documentaire artisanal
Réalisé sur bandes magnétiques.

Le Geste Magnétique,
C’est une création analogique
A paraître sur France Culture.

Gilles Davidas en est le maître d’oeuvre;
Alain Joubert, le chef opérateur.

J’écoute Crosby.

Et c’est parti:

Envoyez-moi vos bandes, vos histoires de bandes, vos souvenirs magnétiques…

Vos envois et bien c’est ici. Juste là. 

Merci!

Publié le 10 décembre 2012

Montez le son.Vous êtes sur Les Docks de France Culture. Il y a une voix qui dit:

“Prenez un lit
Observez-le
vous ne voyez pas le lit
vous voyez ses montants, les chevilles, l’enchevêtrement des pièces,

Observez une petit commune
Prenez Plouguernevel
Vous ne voyez pas la carte postale
vous distinguez ses notables, ses poètes et puis son hôpital.

Prenez l’Hopital psychiatrique de Plouguernevel
Vous distinguez un monde clos, une enceinte, deux périodes:

En 1934, l’hôpital appartient à une société privée chargée d’une mission de service public.

En 1993, l’hôpital est géré par une association privée loi 1901 Entre les deux:
des couloirs abandonnés, 1440 lits vides, un buste mis de côté …..shshshhshhhhshhhhhhhhhhhhhhh………. ”

Réglez la fréquence. Vous êtes toujours sur Les Docks de France Culture. Et vous écoutez:

Les Lits vides de Plouguernevel, un documentaire de 52 min de Marie Guérin, réalisé par Guillaume Baldy.

Merci pour la bande originale:

Yann-Fanch Kemener, Mireille et Gabrielle chantent pour nous au cours du documentaire.

Publié le 3 novembre 2012

Sur mon écran de télévision, un feu de cheminée virtuel.

Ca crépite.

Les bûches sont de bonne qualité.

Aucun n’éclat de bois ne traverse le plasma.

Je me lève de mon rocking chair,

Je me dirige vers la platine,

Je prends un disque au pif.

Je me plante de sillon.

Ca crachote et puis le son ….

Ca joue.

Jesse Garon chante “C’est lundi”

Je suis en 1984. J’ai quatre ans.

Et Bruno Fumard écrit:

C’est lundi

Dans mon lit
Il est onze heures
Mal au coeur
Mal dormi
Envie de pipi

Déjeuner
Mon café
La radio
Trop c’est trop
Fait pas beau
Ouais, fait pas chaud

Me laver
Me raser
M’habiller
Me peigner
Les cheveux
Mhmm, bien coiffé

Ouais, il est midi
Mes parents
Sont rentrés
En criant
Faut manger
Après, travailler!

Ouais, il est deux heures
Je suis chômeur
Je vais pointer
A côté de chez moué
Dans mon coeur
Y’a plein de lueurs

Ouais, je suis pas prêt
Mhmm, je m’en vais
Café
D’à côté
Ouais, y’a des filles
et il y a des flippers

Ouais, il est vingt heures
Faut dîner
Mais avant
Cuisiner
Mon repas
Ouais, la télé

Oui, il est tard
J’ai le cafard
Mes idées
Sont brouillées
Je me couche
Mhmm, et je dors

Oui, c’est mardi
Dans mon lit
Il est midi
Et je suis
En société
Ouais, bétonné

Oui, mercredi
Mal dormi
C’est jeudi
Vendredi
Samedi
Ouais, c’est Dimanche

Oui, c’est lundi
Dans mon lit
C’est lundi
Dans mon lit
C’est lundi
Dans mon lit
C’est lundi
Dans mon lit…

 

 

Publié le 1 septembre 2012

J’ai rêvé d’un nain.

Il était muet.

Il s’exprimait à l’aide d’un juke box.

Il pointait des titres du doigt sur la machine retro;

 je devais comprendre le message.

Le juke box appartenait à Mireille.

Il jouait la bande-son de ses années: les soixante.

Quand j’ai rencontré Mireille dans son bar, je l’entendis.

Ces mots pesaient comme des notes très simples et très vivantes:

“Moi j’aime les chansons tristes. Pourtant je ne suis pas une femme triste, je suis plutôt gaie”.

Elle chanta alors Anne Vanderlove. Dans son bar. A Brest. Recouvrance.

Je restais le temps de quelques soirées dans cette ambiance années soixante.

Et le temps de ces slows, je me laissais croire que c’était mieux avant et qu’il n’y avait vraiment rien de bien aujourd’hui.

Je découvrais avec Mireille cette époque où Claude Leroux chantait La Fille de Recouvrance on the air.

Publié le 23 juin 2012

J’ai rencontré Mohamed par hasard.

Merci.

Comme Simon, c’est sa voix qui m’a parlé.

Elle accompagne. Elle ancre.

Mohamed est timide.

Il égrène les informations. 

Façon staccato.

Son enfance: un poste K7.

Dans le chant, il retrouve naturellement le legato du discours.

Mohamed est une ellipse, sa vie un mystère, sa voix sa voix.

Il me raconte à peine: quitter le bled à vingt-et-un ans.

Un palmier. La Mer. L’Algérie.

Pour seuls bagages, un chanteur et ses chansons:

Cheb Hasni, le chanteur le plus populaire d’Algérie.

“Cheb Hasni est fier des pauvres, fiers des vieux”, me dit Mohamed.

Mohamed chante Ghadar de Cheb Hasni on the air.

 

 

Publié le 9 juin 2012

Depuis mémé Esther, j’ai poursuivi ma route.

J’ai croisé des chants, des chanteurs et des voix.

Le 26 avril, j’ai découvert le bruit d’un arc en ciel. Entonnée en Suède par des milliers de personnes,

la chanson “Barn av regnbuen” (“Les enfants de l’arc en ciel“) envoie un message personnel à Anders Behring Breivik.

Le chant face à la violence.

Le chant comme territoire inviolable.

C’est sur ce territoire, que j’ai rencontré Simon.

En fait, je n’ai pas rencontré Simon, j’ai rencontré sa voix.

Bonjour.

Simon chante chaque jour pour endurcir sa voix.

Sa voix est bodybuildée.

Simon ressemble à ces musiciens vagabonds du Delta du Mississipi qui chantent leurs blues au début du 20 ème siècle.

Simon est mystérieux. Il erre-chante.

Il refait sans cesse la bande-originale de sa vie.

Il trie, classe ses mémoires sonores.

Simon réfléchit et se souvient des ondes nigériennes.

Souvenir d’enfance: les Everly brothers chantent “Take a message to Maryon the air.

Publié le 2 juin 2012

Eric nous fait écouter la voix de sa grand-mère.

La chanson “Vos iz gevein” fut interprétée par Mémé Esther en 1960 à Châtenay-Malabry. L’enregistrement K7 est ressorti trente années plus tard.

Cette Chanson Perdue fut enregistrée dans le sentier à Paris, le jeudi 29 mars 2012, en compagnie d’Eric Slabiak, membre de Yeux Noirs.

Vos iz gevein” est une chanson du répertoire yiddish écrite par David Meyerowitz. Elle fut chantée par Sophie Tucker et Aaron Lebedeff.

Le collectionneur se plaît à susciter un monde non seulement lointain et défunt mais en même temps meilleur; un monde où l’homme est ausi peu pourvu à vrai dire de ce dont il a besoin que dans le monde réel, mais où les choses sont libérées de la servitude d’être utiles

(Walter Benjamin, Ecrits français, “Paris, capitale du XIXe siècle”)

Publié le 14 avril 2012

Je fais la route à la recherche d’un patrimoine éparpillé.

Sur le chemin, je ne ramasse pas les cailloux mais les notes.

Je rencontre les musiciens et leurs chansons errantes,

Et puis les mélodies, les vagabondes, les perdues.

 

 

 

Publié le 14 avril 2012